mountain and night sky

Dans le stoïcisme, tu fais parti d'un tout 

Il est commun de présenter le stoïcisme en usant des phrases les plus emblématiques de l’école. Ouvre n’importe quelle vidéo sur le sujet de YouTube ou de n’importe quelle plateforme, et tu tomberas en moins de temps qu’il ne faut pour le dire sur l’une de ces phrases. Elles sont d’Epictète, de Sénèque ou de Marc Aurèle. Elles ont traversé les siècles ; et à moins que l’humanité ne parvienne un jour à vraiment comprendre et modifier le cerveau humain, nos enfants et nos petits-enfants les liront eux aussi à leur tour :

« Il y a ce qui dépend de nous et ce qui de dépend pas de nous. »

« Ce ne sont pas les choses qui nous troublent, mais le jugement que nous portons sur les choses. »

« Le bonheur dépend de la qualité de tes pensées. »

Mais je ne veux pas que tu plonges tout de suite dans le cœur de l’enseignement. Avant de te servir le repas, je veux dresser la table. Tout mijote sur le feu pas très loin et ne vas pas tarder à t’être servi. Pour l’instant, imprègne-toi de l’atmosphère.

En langage clair, je voudrais commencer par te parler d’une chose fondamentale pour comprendre pourquoi tu ne devrais pas te troubler ; pourquoi cette célèbre dichotomie du contrôle : ce qui dépend et ne dépend pas de toi. Et pour cela je veux te parler aujourd’hui de l’univers, et de ta place dans celui-ci.

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Deux types de natures

Il existe deux types de nature,

La Nature Universelle ou Commune (le destin, l’ordre des choses, la loi cosmique), et la Nature Propre (ton caractère). Ta Nature Propre s’imbrique dans la Nature Universelle, car ta Nature Propre n’est qu’une émanation de cette dernière.

Toutes les deux ont une volonté propre.
L’essence même du stoïcisme réside dans le fait de les faire coïncider.
Ta Nature Propre, autrement dit ta perception sur les évènements doit s’accorder avec ces évènements. Tu ne dois pas les regretter ou te sentir navré par quelque chose, parce que ce qui arrive, devait arriver.

— Tu me dis en gros que je te dois accepter ce qui m’arrive.

— Oui c’est bien cela, tu dois accepter ce qui t’arrive.

— Rien de nouveau sous le soleil mmmarcus : /

— Ce qui est important, c’est pourquoi tu dois accepter ce qui t’arrive. Tu ne dois pas accepter ce qui t’arrive seulement parce que c’est plus facile (supprimé) , tu dois accepter ce qui t’arrive parce que tu irais à l’encontre de ce que la Nature a voulu pour toi si tu ne le faisais pas. Or tu fais toi-même partie de la Nature ; donc ne pas accepter ce qui arrive, revient au final, à ne pas t’accepter toi.

Tu me suis ?
Pas encore ? Poursuivons :

Marc Aurèle nous le dit en ses mots (attention les textes anciens de Marc Aurèle ne sont pas facilement abordables, mais sont d’une profondeur inouïe, prends stp le temps pour le relire plusieurs fois si besoin – pas de rush – prends le temps) :

« Voilà donc deux raisons pour aimer tout ce qui t’arrive.
La première, c’est que la chose a été faite pour toi, que pour toi spécialement elle a été disposée dans l’ensemble, et qu’elle a avec toi ces rapports précis, venus de haut et se rattachant, dans la trame universelle, aux causes les plus saintes.
La seconde, c’est que, pour Celui qui gouverne l’univers, ce qui arrive à chacun des êtres en particulier concourt au succès de ses démarches, à l’accomplissement de ses décrets et à la durée même des choses. C’est mutiler le Tout que de retrancher quoi que ce soit de son enchaînement et de sa continuité, dans les causes qui le forment, aussi bien que dans les parties qui le composent.
Or c’est te retrancher toi-même de ce Tout, autant qu’il dépend de toi, que de te révolter contre ses lois ; et en quelque façon, c’est le détruire. » (1)

Ainsi,
Que tu sois malade,
que tu aies perdu un proche,
Que tu vives tristesse pour quelque raison que ce soit,

cela s’inscrit dans une totalité universelle des causes et conséquences qui constituent le cosmos.

Chaque chose est liée à une autre.
entrelacée comme les fils d’une large toile que constituerait l’univers entier.

Chaque manifestation, chaque épreuve, chaque variable qui vient modifier la course d’une chose obéit à la Raison Universelle, cette force supérieure qui régit l’ensemble, ce que les stoïciens nomment : le Tout.

Tu peux choisir d’y voir là une fatalité négative | ou une fatalité positive.

C’est
une
affaire
de
jugement.

Tu dois accepter chaque évènement comme était la pièce parfaitement ciselée d’un puzzle, celui d’un petit ensemble : ta vie, et celui d’un grand ensemble : l’univers et sa volonté.

Le petit puzzle de ta vie et le grand puzzle de l’univers doté d’une conscience propre sont imbriqués dans un seul et même Tout, formant ce que Marc Aurèle appelle une « connexion sacrée ».

Deux principes

Une connexion sacrée liée par deux principes (2) :

1/ un principe passif qui est la matière,

2/ et un principe actif qui est la raison (l’énergie/la volonté) agissant dans l’univers ; la Raison Universelle, cette logique omniprésente qui gouverne l’entièreté de ce qui nous constitue et nous entoure. Dans ce principe actif, toutes choses se tiennent. C’est un système où les parties sont solidaires et unies par un principe reposant sur un même rapport commun à l’Univers, où chaque microcosme reflète le macrocosme divin.

— Je suis perdu mmmarcus.

Reste avec moi,
c’est important.

Laisse-moi le dire autrement :

La vie, selon les stoïciens, ne peut être déchiffrée que dès lors que tu comprends que ton être, **qui tu es toi** est amalgamée dans ce principe actif, qui est le Tout.

Tu dois percevoir les évènements qui t’arrivent comme faisant partie de ce principe actif.

Entrevoir ce Tout,
accepter l’imbrication de la moindre composante de ta vie
dans celui-ci,
est la première étape.
C’est pour cela que je t’en parle dès aujourd’hui, dans cet article.
De cette conception, découle l’essence de la logique Stoïcienne.

Le stoïcisme est une philosophie pratique qui aide ceux qui s’y adonne, à vivre plus heureux, de par l’assentiment au destin, par l’acceptation de ce qui est. Or, comment peux-tu regretter tel ou tel événement, telle ou telle chose, si cet évènement ou cette chose appartient à un Tout formant un ensemble sans faille, logique et interconnecté, que l’univers a précisément voulu ?

Comprendre ton appartenance à celui-ci, c’est accepter que ton destin ne t’appartienne pas entièrement ; que tu es, en partie, à sa merci, et que la seule chose qui soit vraiment en ton pouvoir, c’est ___ de faire de ton mieux //.

Faire de son mieux et accepter le reste constitue le cœur même de la théorie stoïcienne.

Accepter le reste par //amour// du Tout.
Voilà même ce vers quoi la sagesse doit te mener.
Aimer, désirer le Tout, plus que tout.

Que tu embrasses chaque évènement, triste ou heureux, comme si tu l’attendais de tes propres vœux.

L’ensemble des évènements qui t’ont procuré autant de peines que de joies t’ont été destinés, et puisqu’ils se sont produits conformément à la volonté suprême, il te faut toi aussi les vouloir, et plus encore les aimer, y compris les plus durs. Et ta volonté alors, sera en accord la Raison Universelle.

Pourquoi ceux qui t’entourent peuvent parfois être déprimés ?

C’est qu’ils n’acceptent pas ce qui leur arrive.
Parce qu’ils ne veulent pas croire qu’il existe une logique à tout ça.

Quand tu refuses d’accepter quelque chose qui t’arrive, tu te confrontes à cette volonté omnisciente, créant un désordre qui se manifeste chez toi. Un désordre mental : troubles, anxiété, déprime. Tu romps la cohésion naturelle qui devrait exister entre les évènements tels qu’ils arrivent, et comment tu reçois ces évènements, c’est-à-dire ta réponse émotionnelle, le jugement que tu portes sur ces évènements.

Voilà ce qu’Epictète dit il y a 1 800 ans dans son Manuel :

« Ne demande pas que ce qui arrive arrive comme tu désires ; mais désire que les choses arrivent comme elles arrivent, et tu seras heureux. » (3),

et je me peux trouver plus belles explications que celle donnée par Pierre Hadot :

« En consentant à cet évènement présent qui vient à ma rencontre et dans lequel le monde entier est impliqué, je veux ce que veux la Raison universelle, je m’identifie à elle, dans un sentiment de participation et d’appartenance à un Tout qui déborde les limites de l’individu. J’éprouve un sentiment d’intimité avec l’univers, je me plonge dans l’immensité du cosmos ». (4)

L’amour du Tout, c’est l’acceptation de la succession de tous les évènements, quelle que soit leur nature, c’est éprouver un sentiment d’intimité avec la Raison Universelle.

Le stoïcisme est parfois considéré comme une philosophie de l’amour du soi ; et c’est en partie vraie, puisqu’il t’incite à être en cohésion avec toi-même. Mais celle-ci n’est en fait possible que si ta propre nature humaine est en cohésion avec et aime ce Tout dont tu fais partie.

La substance dont tu es composé et qui régit tes choix, ta nature humaine, fait partie d’une même substance unificatrice, la nature commune.

« Il n’y a qu’une seule et même lumière du soleil, bien qu’elle se divise en se répandant sur nos maisons, sur les montagnes, et sur des millions d’objets.
Il n’y a également qu’une seule et même substance, bien que se partageant individuellement en des milliers de corps.
Il n’y a qu’une seule vie, bien qu’elle se répartisse à des milliers de natures diverses, et s’y détermine de mille manières.
Enfin il n’y a qu’une seule âme intelligente. » Marc Aurèle (5)

Marc Auréle, dans un autre passage de Pensées nous dit également :

« Le caractère qui reste propre à l’homme de bien,
c’est d’aimer du fond du cœur tout ce qui lui arrive et le sort qui lui est tissu ;
c’est de ne jamais souiller le génie intérieur qui réside en son âme,
de ne le point laisser troubler par la foule confuse de ses idées, mais de se ménager toujours sa faveur en suivant humblement les lois de Dieu. » (6)

Aime le Tout,
Sois en cohérence avec le Tout. Pour cela, travailles à ce que ta conscience, s’élève. Qu’elle s’élève par-delà ton être, à un niveau … presque cosmique.

La suite sur l’univers et ses conséquences dans 8 heures.

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(1) Marc Aurèle, Pensées, 5, 8

(2) Comme l’expose Zénon de Kition, fondateur du stoïcisme dans des textes qui ne nous sont pas parvenus, mais exposés par des références secondaires ou résumés faits par d'autres auteurs.

(3) Epictète, Manuel, 8.

(4) Pierre Hadot, La citadelle intérieure.

(5) Marc Aurèle, Pensées, 12, 30.

(6) Marc Aurèle, Pensées, 3, 16